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Les Douleurs de la Plume Noire: Du Cameroun Anglophone à Haïti

Friday 9 April 2010, author(s)-editor(s) Bill F. NDI

Ce recueil est le produit d’un trio qui dans l’ordre renversé, rappelle le trio Senghor, Césaire, Damas ; un africain et deux caribéens qui tinrent le flambeau d’une lutte contestataire pour faire reconnaître aux noirs du monde entier les droits dont ils furent privés. Dans une veine identique, le trio Clervoyant, NDI et Vakunta, un caribéen et deux africains, à l’heure de la mondialisation, décortiquent et esquissent, à travers leur poésie, l’horrible douleur postcoloniale qui peine le noir malgré les combats de nommés prédécesseurs pour l’obtention de droits fondamentaux. Pour ce trio, la plume noire continuera de saigner jusqu’à l’enterrement de la douleur. C’est ainsi que du Cameroun anglophone à Haïti sera menée une vie digne de noms pour tous.

Il ressort en effet un concours de circonstances à la fois sociologiques, professionnelles et/ou raciales qui nous amènent tous trois […] à l’expression de thèmes qui résonnent comme si nous nous étions auparavant entendus sur une problématique ou une thématique commune. […]. La similitude des thèmes observée dans nos œuvres […] tient sans doute du fait que nous avons fait à peu près la même expérience en tant qu’immigrés dans des pays qui ne sont pas les nôtres. Par-delà ce motif qui unit nos plumes et nous inspire les morceaux que voici, il y a également l’expérience de l’esclavage ou de la colonisation qui constitue pour sa part aussi un autre ciment d’union de nos œuvres.

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ISBN 9789956616282 | 136 pages | 203 x 127 mm | 2010 | Langaa RPCIG, Cameroon | Paperback

2 Book Reviews

  • Les Douleurs de la Plume Noire: Du Cameroun Anglophone à Haïti 24 August 2010 07:21, author(s)-editor(s) Guy CÉTOUTE

    I-En guise d’introduction générale : Être en poésie Le sens de la poésie est inhérent à la nature humaine, c’est un don de Dieu. L’être le plus fruste est capable d’humer la saveur poétique des choses et des êtres. Il en va dans ce domaine comme du <Bon sens< que le philosophe René Descartes prétend être la chose du monde la mieux partager. C’est la poésie au sens large. Les choses se complexifient fatalement un peu quand on veut formaliser, mettre en boîte ou en formules stylistiques ce qui est fait pour s’épandre librement comme le vent sifflant dans les feuilles des arbres, ou dessinant des arabesques à la surface des mers turquoises. La poésie mise en texte appartient aux membres de la communauté, c’est-à-dire aux adeptes de la secte capables de décrypter les signes et les codes d’écriture. Cette poésie s’adresse à un public averti. Même à ce niveau, il y a des distinctions à faire. Notamment, on doit fondamentalement différencier entre les textes qui crient et ceux qui se taisent, ou les textes démonstratifs et exubérants, des textes taciturnes et dissimilés. Autrement dit, La poésie pour les yeux annoncée par sa livrée extérieure formelle, et la poésie pour les sens qui exerce e son empire sur le cœur du lecteur. Catégorisation qui peut se lire en termes de poésie de l’essence, et poésie par destination formelle.

    Approche de lecture. L’œuvre à l‘étude est un recueil pluriel écrit à six mains par trois poètes, deux Camerounais, Bill F. NDI et Peter W. VAKUNTA, et un Haïtien, Dieurat CLERVOYANT, obligeant à une lecture transversale. Les trois productions vont du plus de poésie vers le moins de poésie ; du plus formalisme vers le plus de liberté d’expression, du plus de rigueur stylistique vers le moins de discipline stylistique. On est dans la manifestation de la liberté de création à la mesure de la diversité des caractères individuels. En effet, tel auteur choisi de faire montre d’insoumission aux normes poétiques allant jusqu’à vouloir la ridiculiser, tel auteur adopte la voie de la dévotion aux normes en forçant le trait poétique en se cristallisant sur la forme visible, réglementaire de son existence. Demeure la question du comment aborder les œuvres poétiques. Faut-il le faire avec les lunettes analytiques du (Charles Mauron, Des métaphores obsédantes au mythe personnel. Introduction à la psychocritique, éditions José Corti. [1963]) qui conseille de lire comme s’il s’agissait d’ « […] un dialogue entre une pensée qui interroge et les faits qui répondent» Ou avec le philosophe Gaston Bachelard (La Psychanalyse du feu) qui considère l’acte poétique < comme un projet d’intégration de la personnalité, dans un contexte vécu et daté ; et ce projet prend la forme d’un être de langage. Une combinaison des deux approches nous paraît tentante. Finalement nous lirons à notre manière en nous contentant de repérer ce qui fait événement dans les textes. En dépit de l’envi, nous ne saurions entreprendre une étude approfondie des trois poètes, pour des raisons pratiques de temps et d’espace matériel. Alors, notre travail d’analyse sera modeste ; elle comprendra deux étages : le premier se bornera à traquer ce qui fait événement littéraire dans chaque texte ; le second butinera dans les textes quelques thématiques essentielles, mais particulièrement celles qui ont trait à la culture nègre en général.

    1 - Bref aperçu sur les trois œuvres poétiques. 
    Une lecture transversale est inévitable qui nous obligera à traverser les trois textes verticalement, puis horizontalement, allant de l’un à l’autre pour trouver des points de similitudes et de rupture, tout ce qui s’assimile à une étude comparative. Nous aurons donc cherché dans les trois poèmes l’événement important, qu’il soit de nature stylistique, lexicale ou événementiel. Dans tout texte existe un événement sur lequel faire fond ou servant de base ou de porte d’entrée dans l’œuvre. L’événement fonctionne comme un voyant lumineux perceptible dans les ténèbres de l’âme et de l’esprit. Pour le premier poète, l’événement pour nous sera le parti pris de la rime.

    Deux lectures nous ont paru possibles : une lecture au premier degré de Bill F. NDI et Peter W. VAKUNTA pour des textes d’une grande transparence du littéral, et une lecture au deuxième degré de Dieurat CLERVOYANT. Par ailleurs, deux poètes privilégient l’usage de leur intellect, l’un mettant en cause des phénomènes linguistiques, l’autre avantageant des phénomènes culturels moraux et philosophiques, les deux Camerounais, et le poète haïtien a opté pour le langage du cœur qui se complaît dans les affects. Ce sont les grandes lignes de notre travail.

    A - Le premier poète des trois mousquetaires : Bill F. NDI : 25 poèmes.
    L’événement important est d’ordre littéraire, il concerne le parti pris de la rime selon le schéma <aabb< dit rimes plates ou suivies. En effet, tous les poèmes sont strictement rimés. Nous rappelons que la rime < désigne le retour d’un ou plusieurs sons identiques à la finale des vers< Comme deuxième information, nous avons observé que c’était des poèmes d’une facture traditionnelle, majoritairement d’un seul tenant, c’est-à-dire d’une seule longue strophe hétérométrique, ou de vers de longueurs variées. En dernier lieu, nous dirons que les rimes sont de nature variée allant des rimes à la fois pauvres, suffisantes et riches dont voici un tableau succinct :
    Rimes pauvres massivement, c’est-à-dire des rimes ayant un seul son identique. Exemple : Nous/vous ; doré/rejeter ; roi/proie ; tort/port ; guerre/lueurs ; mots/maux ; histoire/foie.
    On a constaté un grand usage de mots identiques comme rime : suis/suis, noirs/noir ; 89/neuf ; mort/mort.

    Rimes suffisantes, c’est-à-dire ayant deux sons identiques : force/divorce ; gorge/forge ; cocasse/loquace; linguistique/féerique ;
    Aussi des mots identiques : Total/total ; mondial/mondial ; France/France ; Édouard/Édouard ; travaille/travaillent ; homme/homme ; etc.
    Rimes riches, c’est-à-dire ayant au moins trois sons identiques : francophones/anglophones ; misérable/adorable ; répressive/subversive ; esclavage/ servage ; bastonnade/tornade ; tables/étables; anglophone/téléphone; fraternité/éternité.

    Proclamation de sa qualité de nègre. Revendication de sa négritude en un vibrant appel à l’unité : « Nègres, nègres nous sommes tous noirs// Même les blancs du continent noir// Nègres, nègres, Réveillez-vous// Rejoignez autres nègres, nous// Ensemble nous ferions la force »
    Exil ontologique. Le sentiment de l’exil est inscrit dans les gênes de l’être humain comme un mal nécessaire peut-être pour les raisons qui guident les pas des tsiganes. En tout cas, c’est ce que semble laisser entendre le poète dans le texte : Ce parcours (Ailleurs ou nulle part) où on lit dans la première strophe : « Nous sommes tous // D’ailleurs// Et irons tous// Ailleurs// Vous dis-je »

    S’il fait mention de cette exigence ontologique, il est lucide sur les réalités de domination étrangère, parfois économique qui poussent les autochtones à partir de chez soi. Dans le poème <Nous Chantons Aussi Multinational<, il pointe du doigt la présence écrasante des multinationales comme ELF Shell et Total, notamment le dernière < Qui fait sa monnaie la plus courante// Et nous chasse de cette terre natale< 

    Tropisme des affaires linguistiques. Parmi ses nombreuses qualifications universitaires, on apprend que Bill F. NDI est aussi linguiste ; il n’est pas étonnant alors que les problèmes d’oppositions entre locuteurs de langues différentes l’intéressent. C’est le cas dans le poème <Magistralement Nègres< dans les deux premiers vers : « La main je tendis à mon frère francophone// Sur elle il cracha et me dit sale Anglophone » On croirait difficilement qu’il y ait un tel antagonisme deux communautés linguistiques. En plus de ce fait majeur, le texte propose d’autres arguments en faveur du tropisme du poète pour les faits de langue et d’expression. Par exemple il affiche son désaccord avec la tendance consistant à masquer ou noyer la réalité en se payant de mots. Il dénonce < les artifices linguistiques< et ceux qui ne le trouvent < point loquace<. Dans le deuxième poème, il s’est étonnée que la langue maternelle n’a pu servir de facteur identitaire : « Même pas la langue que me léguait // Ma mère anglaise…. » C’est naturellement qu’un poème porte comme titre <Lexicologues, Nous nous Réinventons< Sur les bancs de l’université, il passait le plus clair de son temps à s<amuser avec les mots d’autrui<

    Pan sur l’Afrique. Le poète jette un regard amer sur l’Afrique dans son train actuel. Contrairement à la tendance générale consistant à attribuer les torts à l’ancien Colon et néo-Colon, cette fois-ci la critique s’adresse à l’Afrique elle-même. Est en cause la <démocratie< à l’Africaine qui est une contrefaçon, un fantôme du fait réel. Décryptant le terme, en linguiste qu’il est, il y trouve <Fantoche et kratia< pour arriver à <fantochecratie< Sur le terrain de la réalité, on voit se proliférer des : <gouvernements fantoches// Embrassant l’obscurantisme sous la toge » C’est un mal dont il importe d s’en défaire. Pour le remède, il s’est montré radicalement radical dans les deux vers conclusifs : « Après avoir vu ce masque qui de cachette vous sert, vous, // Ne souhaiteriez pas que la peste vous emporte tous ? »

  • Les Douleurs de la Plume Noire: Du Cameroun Anglophone à Haïti 24 August 2010 07:22, author(s)-editor(s) Guy CÉTOUTE

    B - Le deuxième poète : Dieurat CLERVOYANT : 27 poèmes.
    a - Le tropisme de la répétition et les <métaphores obsédantes>
    Les deux grands événements dans les poèmes de CLERVOYANT sont : le tropisme de la répétition et les <métaphores obsédantes>, deux procédés qui reviennent au même tout en se différenciant. La répétition est d’origine syntaxique et structurale, car elle peut prendre en charge des vers entiers, des expressions et des mots, tandis que <les métaphores obsédantes< concerne des termes pris métaphoriquement. Le premier procédé étant de nature visuelle (par exemple : <Toi jeunesse, jeunesse, ô jeunesse éternelle<, p. 50) peut facilement se repérer, mais l’autre de nature plus subtile nous semble mériter un plus grand intérêt à cause de sa fertilité sémantique. Nous avons emprunté du psychocritique Charles Mauron le concept de <métaphores obsédantes< dans un sens tout à fait différent, pour dénoncer une polarisation sur certains termes pour constituer des réseaux isotopiques. Dans le texte de CLERVOYANT ces polarisations embrassent les termes Mère, Douceur, Rose, Mille, Tendresse, Eau, Arbre qui dessinent des affects et des traits de caractère du poète que nous déclineront en quelques propositions.

    La première proposition nous amène à considérer le poète comme un être de sentiment et de passion qui voit, s’exprime avec son cœur, et qui fait montre d’un ethos de la mélancolie et de la nostalgie. On rencontre tous les sentiments d’amours possibles, tels l’amour pour la génitrice, amour pour la progéniture, amour pour telle ou telle femme, amour pour la patrie au travers des polarités Mère, Douceur, Tendresse. Mais ces sentiments positifs sont souvent teintés de négativité parce que vécus sous forme de la perte, comme il sied à une âme romantique. Le poète n’est pas forcément heureux dans ses affections à cause du sentiment de la perte ou de la séparation. L’amour pour son fils est marqué par la déchirure de la séparation forcée par ce qu’il a été écarté du toit familial pour x raison (poème : <A mon fils chéri). De même que l’amour de la patrie est crucifié sur l’autel de l’exil forcé, autre thématique qui mérite une étude à part. Ainsi l’évènement dominant est l’expression de l’âme en peine d’un homme qui souffre du mal-être immigré et de père malheureux qui pleure, se lamente sans complexe, faisant droit du coup à l’isotopie de la perte et de la nostalgie.

    b - La deuxième proposition est celle de l’hyperbole. 
    Une grande figure émerge qui est celle de l’hyperbole qui porte à l’agrandissement et l’amplification des sentiments et des situations. Le mètre choisi est le chiffre Mille pour démultiplier les choses. Sa situation de père souffrant lui a fait beaucoup pleuré, ce qu’il a exprimé en termes de : « J’ai versé mille pleurs, j’ai rempli mille mers » Autant sa souffrance est énorme, autant sa joie. C’est l’homme des « Mille charmes, mille tendresses, mille douceurs// Mille beautés, mille indicibilités, mille ineffabilités….// Je te chanterais de mille chansons d’amour…. » (Confusion, p. 55) L’expression hyperbolique est rendue également par des métaphores aquatiques : « Mon âme, océan de douleurs, // Meurt chaque jour » (Douleurs, p46.) Et enfin usage est fait de la figure de l’énormité iconographique pour dire une situation sociale inconfortable : « Une lourde croix sur nos épaules dressée,// Dont la taille va du sol jusqu’aux cimes des cieux » (Le Fardeau de l’intellectuel noir en France, p. 61)

    c - La dernière proposition
    La dernière proposition fait fond sur le tout et le rien. La dernière image que l’on peut se faire du poète est celle du dualisme fondamental qui git au cœur même de la vie humaine qui réunit le tout et le rien, l’ange et la bête, proposition qui a l’assentiment du Jean-Paul Sartre de l’Être et le Néant, et la désapprobation du Pascal <l’homme n’est ni ange, ni bête< Le poète agglomère les deux pôles du bonheur d’aimer et de la menace de l’amour, ce qui fait qu’il traîne le boulet d’un amour sans cesse contrarié. D’un côté les choses, les faits sont énormes, d’un autre côté, ils ne sont rien. Cette contradiction se matérialise dans le chiffre Mille que la Bible rend par le tout et le rien : « Un jour est comme mille, mille comme un jour »

    Les métaphores aquatiques qu’on a vues dans leur acception de la quantité peuvent également exprimer l’inconsistance, car l’Eau est inconsistante. Il en va de même pour le terme Rose, à la fois image de la beauté et de l’éphémère : « Rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin »
    Il n’est pas jusqu’au sentiment patriotique qui ne se range sous l’empire de cette contradiction. On voit un poète qui à la fois pleure la perte de sa patrie et proclame ne pas en avoir : « Je n’appartiens à aucune terre, // Je suis un apatride (Douleurs, p. 44) Il ne serait pas extraordinaire de découvrir qu’il tient beaucoup à cette France qu’il traite en marâtre. N’oublions pas que le poète est en exil, mais il s’agirait d’un exil ontologique.

    C - Troisième poète : Peter W. VAKUNTA : 17 poèmes.
    L’événement est l’utilisation d’un langage de registre réaliste faisant usage de l‘emploi de dialectes, du vocabulaire familier, d’une syntaxe orale, l faisant fi du lexique châtié ou noble. Procédé d’expression à l’œuvre particulièrement dans le premier poème : Travailleur immigré. On a des expressions appartenant au registre familier comme : <ras-le-bol<, puis : <temps de chien<, ensuite < bouffe< ; ensuite des expressions teintées d’argotisme comme : <envoyer de la galette< pour exprimer l’idée de transfert d’argent, et: <il flottait partout<. Il baisse d’un cran pour verser dans le langage populaire qui a à voir avec le langage des zones ou des banlieues avec < minable somme de 500 balles en poche<, et < ma nana et mes gosses< ; puis Il verse dans l’anglicisme dans <d’appartement cool< ; et enfin on va encore baisser d’un écran pour le bouquet final très épicé avec l’exclamatif <Putain !< et le dernier vers : <C’est faire chier la vie d’un travailleur immigré<

    Dans un le deuxième poème, comme élément comparé, il ne trouve pas mieux que < mince comme une baguette< pour un professeur. Un désir manifeste de » trivialiser la poésie pour la faire descendre de son piédestal de noblesse pour vaquer dans le caniveau des gens des rues ou petites gens. Cela sonne comme un refus de la poésie qui a cours dans les salons cossus.

    Le tropisme du péjoratif s’inscrit dans la même ligne poétique avec l’emploi du mot <frog< appellation péjorative désignant les Francophones au Cameroun ; et l’emploi de <Biafrais< Nom péjoratif pour les Anglophones au Cameroun. (Poème <Crise identitaire<)

    1 - Caractères du poète et autre caractéristique des poèmes.
    A-Caractères d’ordre thématique.
    Thématique de la revendication identitaire. Des fois il faut réclamer, proclamer le fait évident d’être chez soi à des étrangers entreprenants et arrogants, issus de l’ancien règne colonial qui dénient aux nationaux la propriété de leur propre sol : « Vous ne savez pas que je suis ici chez moi// Vous ignorez que je suis né ici »
    Thématique du refus de la négritude des Senghor, Césaire et Damas. Le poète s’élève contre un africanisme bavard et démonstratif qui n’a d’existence réelle que dans les proclamations. Par ainsi, il a pris ses distances avec le mouvement de la négritude des années 30 qui voulait revendiquer le fait d’être nègre : « Un tigre ne proclame pas sa tigritude// Il saute sur sa proie. // Moi, je n’ai point besoin d’hurler// Afin de manifester mon Afritude. Je suis Africain »

    B - Autre caractéristique des poèmes.
    Chaque poème se termine par une chute en rapport avec le contexte comme dans un sonnet. En voici quelques exemples : Poème 1 : « C’est faire chier la vie d’un travailleur immigré » Point culminant d’un processus d’un fait d langage populaire ou populacier.

    Poème 2 : « Et mon cœur a commencé à // Battre plus vite que d’habitude » Naissance d’un attrait pour < une métisse< dans une < classe de français<
    Poème 3 : « A bon entendeur salut ! » Avertissement adressé aux promoteurs de la négritude à qui il a été dit verte »ment que la méthode de promotion identitaire faisait fausse route.

    Quelque poème plus loin : « Il faut aimer son semblable » Adresse aux <fous de Dieu> attachés à la lettre des textes sacrés en oubliant malheureusement l’esprit.

    C - Caractères du poète.
    a) - Poète philosophe et moralisateur. Le poète c’est révélé moralisateur et philosophe dans les poèmes pages 115+ 113+ 117. C’est dans les interrogations soulevées qu’on distingue le philosophe du non-philosophe. Le poème <Faux-semblant< est un texte essentiellement philosophique par ses questionnements. Dès le premier vers le ton est donné : « Il ne se passe aucun jour//, Sans que je me pose la question// A savoir où va le monde ? » Seul un philosophe peut se demander sérieusement : « où va le monde ? » ou A quoi servent ces détours dans la vie ? »

    On arrive aussi à identifier un homme à ses détestations. Le poète a fait montre de préoccupations d’ordre éthique dans la dénonciation de l’hypocrisie humaine, et celles du mensonge et des faux-semblants : « J’ai horreur du mensonge// Je déteste la façade »

    D’un autre côté, il se présente en homme équilibré qui relativise tout en prenant les choses du bon côté. S’appuyant sur les étais de la sagesse, il se contente de regarder venir les choses sachant comme l’Ecclésiaste : « Vous savez ?// On ne sait jamais à quoi s’attendre avec la vie// Elle est imprévisible// On ne sait jamais comment les choses/ Vont tourner mais la vie continue »

    Enfin, on découvre l’homme qui sait reconnaît ses limites, comme le <pauvre en esprit< des Évangiles, ou du philosophe affirmant que <Ce que je sais, c’est que je ne sais rien< Le poème La vie proclame d’entrée de jeu : « La vie est un mystère// C’est un mystère difficile à déchiffrer »

    b) - Poète africaniste. Le poète s’est révélé être chantre du monde et de la culture noirs dans pas mal de poèmes mais notamment dans : <Offrandes aux ancêtres< et <Maraboutage<. Ce point mériterait une étude que nous ne ferons pas ici, car il faut savoir s’arrêter….

    Nous ne conclurons pas non plus ici t maintenant, après le survol rapide de cette première lecture, mais cela peut venir après une seconde rencontre avec les trois textes.

    Par Guy CÉTOUTE