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Recrutement Spécial: Ce que le gouvernement a caché aux «25 000» jeunesThursday 9 August 2012 YAOUNDÉ - 08 Aout 2012 © Sylvain Andzongo | Repères Lorsque le chef de l’Etat, M. Paul Biya, annonce le 10 février 2011 un recrutement spécial de 25 000 jeunes à la fonction publique, il est en pleine année électorale. Sa candidature à sa propre succession est l’hypothèse majeure. Si l’on peut situer son annonce dans le sillage d’une promesse électorale, l’on n’imagine pas encore tous les non-dits de l’initiative présidentielle. Plus de 300 000 postulants qui se ruent pour déposer les dossiers découvrent dans une première phase le mensonge sur la gratuité des formalités de cette opération. La suite n’est qu’un long chapelet non exhaustif des misères qui attendent les «25 000» définitivement sélectionnés. «Repères» zoome sur ces misères que l’État a soigneusement évité de révéler à ces recrues. Fausses promesses sur la date de paiement des salaires «Si nous sommes très réactifs, nous serons à même au 1er juin (2011: Ndlr) au bout du recrutement de la plupart de ces personnels. Nous aurons donc à payer sept mois de salaire en 2011. Ceux-ci devront tourner autour de quinze milliards.» Ainsi s’exprimait au sujet des 25 000 recrues de la fonction publique, mi-2011, sur les antennes du poste national de la «Crtv», l’ex-ministre des Finances, M. Essimi Menye. Un an plus tard, la déclaration n’est pas loin d’un mensonge. Avant même de parler d’une prise en solde de ces «25 000», près de 24 000 d’entre eux sont, jusqu’à ce mois d’août 2012, sans matricules. A la suite de l’ex-Minfi, le ministre de la Fonction publique de l’époque, M. Emmanuel Bondé, avait déclaré devant des micros et cameras des radios et télévisions que les salaires des agents seront payés dès la fin du mois de janvier 2012. Actuellement, les contrats de la plupart des nouvelles recrues de la fonction publique sont toujours bloqués au Secrétariat technique pour le recrutement de 25 000 jeunes diplômés du ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative (Minfopra). Prises en solde discriminatoires La cérémonie de remise des premiers bulletins de solde et actes de recrutement s’est tenue le 29 mars 2012. Soit près d’un an après le début du processus dudit recrutement. Seuls 736 personnes sur 25 000 ont eu le précieux sésame. D’après M. Yves Alain Njilla Tchagadick, secrétaire du comité technique chargé du recrutement spécial de 25 000 jeunes, interpellé sur le nombre ridicule de cette première vague de récipiendaires, après plus d’une année de préparation du gouvernement: «Les actes de recrutement sont apprêtés. Après qu’ils aient été signés par le Minfopra, il y a la phase d’immatriculation, sur la base de dossiers de prise en charge. Et cette immatriculation n’est enclenchée qu’à partir du moment où les certificats de prises de service ont été retournés par les ministères auprès desquels les agents ont été affectés.» Et il conclut: «Donc c’est peut-être ce qui explique ce décalage qui est observé. Au fur et à mesure que les prises de services sont reçues, les immatriculations sont effectuées». Cette réserve de M. Yves Alain Njilla Tchagadick se justifie. Car, à la vérité, plusieurs recrues dont les ministères utilisateurs (Minader, Minfi, Minee, etc.) ont déjà convoyé les dossiers au Minfopra depuis le 9 septembre 2011 sont surprises de noter sur le site web du Minfopra que leurs dossiers sont bloqués au Secrétariat technique pour recrutement de 25000 jeunes diplômés. Toujours en traitement depuis près d’un an. Salaires de catéchistes «J’ai été recruté avec un niveau équivalant à Bac + 3. Mais, mes amis qui ont le même niveau que moi ayant déjà reçu leurs bulletins de solde disent que notre catégorie a un salaire de base de 96 000 FCFA», se désole une recrue. Une autre sélectionnée de ce recrutement spécial, technicienne de laboratoire, dit gagner 56 000 FCFA. Et les exemples de salaire de misère comme ceux-là sont légion. Ce n’est qu’au moment de la signature des contrats, un an plus tard, que les «25 000» ont découvert avec stupéfaction que la grille salariale qui leur est appliquée est comprise entre 36 000 et 123 000 FCFA. Pourtant, la grille salariale mensuelle appliquée aux agents de l’État relevant du code de travail datant du 1er avril 2008 prévoit une paie maximale de 273 342 FCFA. Dépités, les heureux élus ont déchanté, au moment de la signature des contrats. Dans un communiqué, le ministre de la Fonction publique indique que 5178 candidats retenus à l’issue de l’opération manquent à l’appel. Sur les 267 recrues issues de la diaspora, 126 ont fait défection. Trafics autour de la sortie des matricules Depuis l’affichage des dernières listes des «25 000» fin 2011, de nombreux témoignages font état de ce qu’il faut «pousser» son dossier pour se voir attribuer un matricule au Minfopra. Un préalable pour qu’on soit pris en solde. C’est le cas de cet enseignant à l’université de Ngaoundéré qui confie sous anonymat: «On a donné nos noms à un de nos camarades et peu de temps après, nos matricules sont sortis». Et pourtant, le même enseignant reconnaît qu’il était parmi les retardataires que le ministère de l’Enseignement supérieur avait convoqué. «Ma prise de service a été faite après plusieurs de mes amis et collègues, mais c’est grâce à notre ami ici à Ngaoundéré qui sait comment faire au Minfopra que mon matricule est sorti», se réjouit-il. Recrutement sans études de besoins De l’avis de nombreuses recrues, il apparait clairement que «des gens ont été recrutés pour ne rien faire». Un constat qui accrédite la thèse selon laquelle le recrutement commandé par le président Biya avait de forts relents de séduction électorale. Au ministère de l’Eau et de l’énergie (Minee), par exemple, des agents recrutés dans le cadre des «25 000» révèlent que, «les gens se serrent dans une petite pièce. Tous les jours on nous demande venir alors qu’on sait ce qu’on vient y faire. On n’a pas de bureau, on n’a pas de chaise». Un autre agent ajoute: «Comme il n’y a pas assez de chaises pour tout le monde, on est obligé de s’asseoir à tour de rôle. On en a parlé, de cette situation à nos supérieurs mais, eux-mêmes se disent impuissants». La situation est quasiment identique au ministère des Finances, au ministère de l’Agriculture et du développement rural (Minader), etc. Primes trimestrielles payées à la tête du client Les contractuels du Minee peuvent se sentir privilégiés pour avoir perçu régulièrement une prime trimestrielle de 50 000 FCFA. «On nous donne souvent une prime par trimestre», témoigne un agent du Minee. Ce qui n’est pas le cas de ses pairs des autres administrations. Et pourtant, ladite prime est une dotation officielle de l’État. Mais cette dotation est distribuée aux «25 000» selon le bon vouloir des administrations utilisatrices. Quand certains bénéficient d’une prime de 50 000 FCFA en compensation des frais de taxis que paient des employés sans salaires, ceux qui n’en bénéficient pas sont régulièrement menacés d’être considérés comme démissionnaires. Car souvent, des agents sont absents de leur poste de travail pour défaut de frais de déplacement. Pis pour ceux qui doivent quitter leur région d’origine, le Centre, pour aller prendre service dans les Régions du Nord ou du Nord-Ouest. Le rappel des arriérés de salaire renvoyé La règle est connue au Cameroun. Lorsqu’un agent de l’État est pris en solde, il lui ait versé dès les premiers virements de salaire, ce qu’on a coutume de désigner: «rappel». De fait c’est un virement des arriérés de salaire cumulés. Un peu comme une épargne forcée qu’on recouvre. Ce qui permet souvent a celui qui a été sevré de son salaire d’obtenir à la fois plusieurs mois de salaire. Le montant cumulé de ces arriérés de paie représente souvent une grosse enveloppe permettant de réaliser un projet plus ou moins important. Parfois c’est pour acheter un lopin de terrain, ou carrément commencer la construction d’une maison, Seulement, sept mois après la signature des contrats seulement 730 personnels parmi les 25 000 jeunes recrutés en grandes pompes par l’État dans la fonction publique camerounaise ont pu à ce jour percevoir leurs salaires. Sans toutefois le rappel que beaucoup espéraient. See online: Recrutement Spécial: Ce que le gouvernement a caché aux «25 000» jeunes |